Vous êtes très nombreux à ne pas m’avoir demandé mon avis… Du coup, je vais vous le donner.
Je vais vous expliquer pourquoi, selon moi, et je précise bien que c’est uniquement mon avis, le tatouage n’est pas un art. On a défini sept grands arts : l’architecture, la sculpture, la peinture, la musique, la poésie, la danse, le cinéma… Chacun avec ses propres codes, sa liberté de création, son esthétique propre. Le tatouage, lui, importe des esthétiques issues de ces arts-là, mais ne crée pas sa propre esthétique. Il s’adapte. Il traduit. Il transpose.
Moi, par exemple, je m’inspire beaucoup de l’architecture dans mes compositions. Mais ce que je fais, ce n’est pas de l’art. C’est de l’artisanat, et ce n’est absolument pas une insulte, au contraire. C’est une démarche rigoureuse, technique, qui demande du savoir-faire et de l’expérience. Certains tatoueurs sont des artistes, bien sûr. Mais le tatouage en soi, ce n’est pas une forme d’art. Et je sais que ça ne me fera pas que des copains de dire ça.
On travaille pour quelqu’un. C’est une évidence que beaucoup oublient. Et ça se ressent jusque dans la manière dont on montre nos tatouages. Très souvent, on voit des photos ultra zoomées, ultra nettes, recadrées à mort, sans contexte. C’est impressionnant techniquement, mais on en oublie l’essentiel : le corps. On tatoue un corps. On est là pour l’accompagner, le sublimer, le respecter. C’est ça notre métier. On n’est pas des illustrateurs, on est des esthéticiens. Et il n’y a rien de péjoratif à le dire.
Quand vous postez une photo d’un tattoo, pensez à dézoomer un peu. Montrez le corps, montrez l’ensemble. Aidez les gens à se projeter. Donnez-leur envie de porter ce que vous faites. C’est ce que les clients attendent. C’est ce qui explique pourquoi l’ornementation, dans le tatouage, marche souvent mieux que d’autres approches : parce qu’elle pense au corps avant de penser au dessin.
Ça ne veut pas dire que l’illustration n’a pas sa place. Bien au contraire. Il y a des tatoueurs et tatoueuses qui réussissent à marier les deux : je pense à Amina Kat, leGuyt ou Kasasink par exemple. Ils et elles illustrent, oui, mais toujours avec une lecture du corps. Ils respectent la fonction du tatouage. Et ça change tout.
Un jour, j’ai découvert un auteur qui a profondément influencé ma manière de penser le tattoo : Viollet-le-Duc. Restaurateur, architecte, théoricien… Un mec brillant. Il disait : “Ce qui est utile est beau. Ce qui n’est pas utile ne peut pas être beau.” C’est une phrase qui m’a marqué. Parce que c’est exactement ça, le tatouage. Il a une fonction. Et on doit commencer par là.
La fonction du corps humain est multiple : mouvement, anatomie, volume, lumière… Si on ne pense pas à ça avant de dessiner, on passe à côté. Un tatouage ne peut pas être placé au hasard, il ne peut pas être le même à deux endroits différents. C’est aussi pour ça que j’ai du mal avec les flashs. Ils font abstraction de la fonction. Pour moi, un flash, ça n’a pas de sens si on ne sait pas où il va vivre.
C’est là que vous, en tant que clients, vous avez un rôle. Vous allez choisir un tatoueur non pas juste pour son dessin, mais pour sa manière de penser votre corps. Est-ce qu’il prend le temps de réfléchir à l’endroit ? Est-ce qu’il vous écoute ? Ou est-ce qu’il vous colle un dessin préparé vite fait en échange de quelques centaines d’euros ? La différence est là. Et elle est fondamentale.
Je pense qu’un bon tatoueur commence toujours par penser à vous. Une fois que cette étape est faite, il adapte son style. Et c’est important de le dire : les gens viennent déjà pour votre style. Alors pas besoin de forcer. Il faut juste l’ajuster à la réalité du corps.
La vérité, c’est que le tattoo, aujourd’hui, n’est pas en crise. Ce sont certains tatoueurs qui ont du mal, parce que la concurrence est rude. Mais c’est une belle chose. Ça pousse le niveau vers le haut. Ça oblige à se remettre en question. Et à faire mieux.
La première étape, c’est simple : pense à la personne en face de toi. Et une fois que c’est fait, adapte-toi à elle. Parce que quand un tatouage est pensé avec le corps, pour le corps… il devient utile. Et donc, il devient beau.
Telle est la question de la forme et des fonctions dans le tatouage messieurs, dames.
Je rappelle, encore une fois :
Ce n’est que mon avis.
Que vous ne m’avez pas demandé. 😉